« La qualité de la relation est la clef du succès d’une GPA. »

Susan Imrie

Susan Imrie (DR)

Selon Susan Imrie, une psychologue britannique ayant interrogé des femmes porteuses et leurs familles près de dix ans après leur Gestation Pour Autrui, le facteur génétique n’a pas d’impact sur la qualité de la relation, ni sur son évolution.

Le Royaume Uni a légiféré en 1985 sur la Gestation Pour Autrui. Quel est le contexte légal encadrant cette pratique aujourd’hui ?

La GPA en Angleterre n’est pas commerciale. Contrairement aux Etats-Unis, il n’est pas possible de signer un contrat de gestation pour autrui opposable en droit. Les femmes porteuses ne sont pas autorisées à être rémunérées, elles sont uniquement défrayées. Il est interdit de faire de la publicité pour proposer des femmes porteuses ou pour en recruter. Il n’y a donc pas d’agences de GPA. La majorité des parents intentionnels sont mis en contact avec les femmes porteuses par le biais d’associations administrées par des bénévoles. Et ces associations n’ont pas le droit de faire des bénéfices. Elles fonctionnent grâce à des dons.

Mais rien n’interdit aux parents intentionnels de contacter des femmes porteuses sur internet par exemple ?

Ils peuvent effectivement se rencontrer en dehors des deux grandes organisations très connues au Royaume Uni, COTS et Surrogacy UK. Ça peut être sur Facebook par exemple. Nous ne savons pas grand-chose sur ces parcours-là. Ni sur leur nombre ni sur les raisons pour lesquelles certaines personnes décident de ne pas profiter du soutien qui peut leur être apporté par les associations – que ce soit en termes humains ou en termes juridiques.

Depuis 2005, la GPA est interdite aux couples ne résidant pas au Royaume-Uni. Est-elle ouverte aux couples de même sexe anglais ?

Oui – depuis 2010. Mais elle reste interdite pour le moment aux célibataires. Par ailleurs, deux types de GPA coexistent toujours ici : la GPA traditionnelle dans laquelle la femme porteuse utilise ses propres ovocytes, et la GPA gestationnelle dans laquelle on fait appel à un don d’ovocytes ou aux ovocytes de la mère intentionnelle.

Au sein des associations, est-ce que ce sont les parents intentionnels qui choisissent les femmes porteuses ou le contraire ?

Les femmes porteuses choisissent d’abord le couple de parents. Mais ceux-ci doivent donner leur accord. A la naissance de l’enfant, la femme porteuse est légalement la mère de l’enfant. Aucun contrat opposable juridiquement n’étant possible, elle peut donc changer d’avis à tout moment – jusqu’à ce que le couple fasse la démarche pour devenir légalement les parents de l’enfant. Entre 6 semaines et 6 mois après la naissance, les parents intentionnels doivent demander ce que l’on appelle un « Parental Order » auprès d’un tribunal. Il ne s’agit pas d’une adoption puisque, pour faire cette demande, l’un des parents intentionnels au moins doit être lié génétiquement à l’enfant. La demande doit être validée par la femme porteuse, et son époux si elle est mariée. A partir du moment où la démarche aboutie, les droits parentaux sont transférés de la femme porteuse vers le couple de parents intentionnels.

Jusqu’au transfert des droits parentaux, la femme porteuse a donc – seule – la responsabilité légale de l’enfant.

Oui. Dans les faits l’enfant ne vit pas avec elle, mais avec le couple de parents. Dans l’étude que nous avons menée, nous avons demandé aux femmes porteuses ce qu’elles changeraient dans la loi actuelle. Certaines nous ont dit que l’enfant né de la GPA avait eu besoin de soins à l’hôpital lorsqu’il était encore sous leur responsabilité légale. Elles ne souhaitaient pas être en contact avec les médecins, elles considéraient que c’était le rôle des parents. C’est donc une période parfois difficile à vivre pour elles.

Vous avez publié en 2014 les résultats de votre étude sur l’expérience de femmes porteuses qui étaient enceintes il y a 15 ans. Quelles étaient leurs motivations à l’époque ?

Nous avons interviewé 34 femmes porteuses qui avaient donné naissance à des enfants environ 7 ans auparavant. Au total, elles avaient fait 102 GPA. Beaucoup d’entre elles avaient dans leur entourage familial ou amical des personnes qui avaient rencontré des problèmes de fertilité. Elles voulaient aider un couple à avoir un enfant. Leur motivation n’était pas financière puisqu’au Royaume Uni les femmes porteuses ne gagnent pas d’argent. Certaines m’ont même dit qu’elles étaient moins riches après la GPA qu’avant. Il est arrivé souvent, quand ça c’était bien passé, que les femmes porteuses décident de faire une seconde GPA avec le même couple, pour leur donner un second enfant. La majeure partie m’ont dit que cela avait été quelque chose de très gratifiant pour elles.

Faire une GPA était-il gratifiant à leurs yeux ou aux yeux de la société ?

Jusqu’à il y a encore récemment la GPA était une pratique très controversée au Royaume Uni. Je ne pense donc pas que leur choix ait été guidé par la société. Certaines sont très fières d’avoir fait ça, elles veulent éduquer les gens, parler de leur expérience. D’autres sont plus secrètes, ça reste pour elles une affaire privée. Je ne crois pas que l’on puisse généraliser.

Vous avez également interrogé les enfants des femmes porteuses et leurs compagnons. Comment ont-ils été impliqués dans la GPA – et comment l’ont-ils vécu ?

Nous avons interrogé 11 compagnons. Leur engagement s’est avéré très disparate. Certains ont encore des liens avec le couple de parents intentionnels et les enfants nés de GPA. D’autres n’ont jamais été impliqués. Nous avons également interrogé 36 enfants de femmes porteuses, âgés de 12 à 25 ans. Certains ont été très impliqués, ils ont rencontré l’enfant né de GPA, ils se parlent, ils sont parfois amis. Leur mère avait expliqué à leur enseignant-e qu’elle était enceinte d’un enfant qui n’était pas le sien – au cas où ils en parlent à l’école. D’autres n’ont pas été impliqués du tout. La majorité des enfants – impliqués ou non – nous ont dit être heureux que leur mère ait été femme porteuse. La moitié d’entre eux considèrent que l’enfant né de la GPA est son demi-frère, ou sa demi-sœur. Qu’ils aient ou pas un lien génétique avec lui ne change rien à ce pourcentage. Les autres trouvent leurs propres mots : il peut s’agir de leur « sœur de ventre » ou « d’une sorte de cousine ». Ils sont très créatifs. Nous n’avons rencontré qu’une femme porteuse ayant tu à ses enfants le lien génétique qu’ils avaient avec l’enfant né de GPA. Nous avons constaté que les enfants des femmes porteuses avaient très bien intégré le principe de la GPA traditionnelle – et que ce n’était pas problématique pour eux.

Comment les liens entre les deux familles évoluent-ils au cours du temps ?

Près de 10 ans après la GPA, les femmes porteuses que nous avons interrogées étaient encore en contact avec 85% des mères intentionnelles et 77% des enfants nés de cette pratique. La nature des contacts est variable. Ils peuvent se voir une à deux fois par an ou plus fréquemment, se téléphoner tous les mois. Lorsque toute la famille de la femme porteuse a été impliquée ils se voient tous ensemble, à l’occasion d’un pique-nique ou de la visite d’un zoo. La fréquence de leurs contacts fluctue au cours du temps d’une façon assez naturelle, en fonction de ce que souhaite le couple, l’enfant, des disponibilités de chacun.

L’évolution de la relation est-elle différente entre une GPA gestationnelle et une GPA traditionnelle ?

Nous n’avons pas trouvé de différence significative. Seule la fréquence des contacts entre la femme porteuse et le père intentionnel s’est avérée légèrement plus basse en cas de GPA traditionnelle. Le lien génétique semble donc n’avoir d’impact ni sur la qualité de la relation ni sur son évolution.

Cela va contre l’idée générale d’une GPA traditionnelle problématique du fait du lien génétique entre la femme porteuse et l’enfant – et de la charge émotionnelle qui en résulterait.

Oui. C’est beaucoup plus compliqué que ça. Nous avons rencontré des femmes porteuses qui avaient fait des GPA traditionnelles avec plusieurs familles – et la fréquence de contact avec les différents couples était très différente. La qualité de la relation entre le couple et la femme porteuse est la clef du succès d’une GPA.

Propos recueillis par Mathieu Nocent, en Septembre 2015

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