«Comment peut-on être provie et contre la GPA?»

Gayle East. DR

Gayle East. DR

Directrice de Surrogate solutions, une agence de GPA basée au Texas (USA), Gayle East a elle-même été gestatrice pour une famille française. Croyante et pratiquante, elle voit dans la gestation pour autrui l’accomplissement de son devoir de chrétienne. Entretien.

Pourquoi avez-vous décidé de devenir gestatrice?

À l’époque où nous pensions à avoir des enfants avec mon mari, j’ai été témoin de problèmes d’infertilité que des amis proches rencontraient. Ma propre grossesse a été très facile, et j’ai adoré être enceinte. Après la naissance de mon fils, mon mari m’a dit: «C’est tellement facile pour toi. Tu devrais réfléchir à être mère porteuse!» Au début, c’était plus une plaisanterie, je n’y avais pas vraiment pensé avant. Puis nous en avons discuté ensemble plus sérieusement. Je ne suis peut-être pas douée à beaucoup de choses, mais je sais porter un enfant, et en plus j’adore ça! Alors, pourquoi ne pas en faire don à quelqu’un qui n’arrive pas à mener une grossesse? Nous savions que nous voulions deux enfants, pas plus. Alors quand notre fille est née en 2006, nous avons commencé à nous renseigner sur les agences de gestation pour autrui. J’ai été mise en relation avec un couple qui habitait à 150 km de chez nous et nous avons débuté la procédure. Malheureusement, le transfert d’embryons n’a pas abouti sur une grossesse et le couple n’a pas souhaité refaire de tentative. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de créer ma propre agence. En effet, j’avais trouvé la relation avec cette agence-là plutôt froide. J’avais envie de proposer une approche plus humaine, face à ces couples qui ont déjà dû traverser tant de choses difficiles. J’ai ouvert ma propre agence en 2007. Puis, dans le cadre de cette agence, j’ai aussi été gestatrice de nouveau, pour un couple français dont j’ai porté les jumelles en 2009. C’était une expérience fantastique.

Qu’est-ce qui vous a déplu dans l’approche des agences que vous aviez rencontrées en tant que gestatrice?

Il s’agissait de business. Le couple devait payer une somme conséquente, entre 3000 et 8000 dollars, simplement pour pouvoir consulter les profils des gestatrices. Je ne trouvais pas normal de devoir payer alors qu’on ne sait pas si l’agence trouvera une gestatrice. Dans mon agence, les parents intentionnels ne paient qu’à la signature du contrat avec la gestatrice. Si nous n’en trouvons pas ou si elle se rétracte à la dernière minute, le couple ne nous doit rien. Si je ne peux pas proposer le service qu’ils cherchent, je considère ne pas avoir accompli mon travail, et les parents intentionnels ne me doivent rien.

Donc quand vous avez créé votre agence, vous n’aviez pas encore mené une GPA jusqu’au bout. Cela ne vous a pas inquietée?

Non, puisque j’avais suivi tout le processus de départ: les contrats, les évaluations psychologiques, les examens médicaux. Et je suis infirmière de formation, j’ai exercé entre 1996 et 2007, donc je connaissais bien le milieu médical.

Combien de grossesses pour autrui avez-vous par an dans le cadre de votre agence?

En moyenne 25, même s’il y a eu des années avec plus de grossesse. Nous ne sommes pas une grosse agence. Nous avons aussi un bureau en Floride, ouvert il y a trois ans. En plus de moi-même, nous employons deux personnes à temps plein, dont une en Floride et l’autre ici à Texas. J’ai aussi récemment embauché une troisième personne pour le marketing. De plus, une ancienne gestatrice nous aide de temps en temps avec les rencontres et les enquêtes sur les candidates. Nous travaillons également avec plusieurs avocats, qui s’occupent des contrats. Le choix de l’avocat se fera aussi en fonction du lieu de vie de la gestatrice: il vaut mieux que le contrat soit fait dans l’Etat de résidence de la gestatrice.

Combien de grossesses devez-vous mener pour être bénéficiaire?

Nous ne cherchons pas la quantité, ni le profit à tout prix. Mener 25 grossesses en moyenne, c’est très bien. Si nous descendions à dix ce serait plus dur. Je travaille de chez moi, mes collègues aussi. Elles sont payées à la commission, quand elles trouvent une gestatrice pour un couple. Donc si elles veulent gagner plus, il faut qu’elles travaillent plus. Mais je n’ai pas créé cette agence pour l’argent. J’aime ce travail, j’aime le contact avec les familles. Pouvoir les aider est quelque chose d’extraordinaire.

Pour sortir du lot, il vous faut être visible. Comment gérez-vous le travail de marketing?

Au début, c’était plus intensif que maintenant. Nous avons beaucoup voyagé, rencontré des cliniques pour nous présenter. Désormais, nous avons beaucoup de gestatrices et cela nous facilite le travail. Elles arrivent via le web, via Facebook. Nous commençons à être connus, donc l’effort de marketing est moins important.

Sur quels critères choisissez-vous les gestatrices?

Nous partons des critères habituels en vigueur aux États-Unis. Les gestatrices doivent avoir entre 21 et 45 ans, être déjà mère d’au moins un enfant. Elles doivent avoir un certain indice de masse corporelle, être non fumeuse, ne pas consommer d’alcool ou de drogues. Elles ne doivent pas forcément avoir un emploi – nous travaillons aussi avec des mères au foyer. Mais nous ne voulons pas que l’argent soit leur motivation principale. Nous voulons des femmes qui aiment être enceintes et qui veulent aider.
Personnellement, je préfère travailler avec des femmes qui ont entre 28 et 35 ans. Elles sont à un moment de leur vie où elles savent ce qu’elles veulent, elles sont stables dans leur couple et dans leur profession.

Comment évaluez-vous tous ces critères?

Nous faisons une enquête sur la situation de la femme. Nous vérifions son casier judiciaire. Pour être franche, nous ne pouvons pas vérifier si elles consomment de l’alcool ou si elles fument, c’est une question de confiance avant tout. C’est beaucoup aussi une question de feeling. Parfois, c’est difficile pour les parents intentionnels qui doivent faire confiance à une inconnue. Mais le côté positif pour eux, par rapport à l’adoption, c’est qu’ils savent que génétiquement il n’y aura pas de surprise. Parfois, dans l’adoption, les couples se retrouvent avec un bébé dont ils ne connaissent rien. La mère ou le père peuvent avoir été alcooliques, ou drogués. Avec la GPA, les parents savent que ce sont leurs gènes à eux, ou ceux d’une donneuse d’ovocytes ou d’un donneur de sperme, qui ont subi des tests médicaux, et qu’ils ont choisi(e). Cela reste une question de confiance avec la gestatrice mais il y a tout de même le réconfort de savoir que génétiquement le bébé est bien.

Et qu’en est-il des revenus? Combien une femme doit-elle gagner par mois pour être gestatrice? Comment évaluez-vous cette somme?

C’est du cas par cas. Nous avons déjà travaillé avec des femmes qui sont très proches du seuil de pauvreté. Mais ce n’était pas une très bonne expérience parce qu’à la fin, je me suis rendu compte qu’elles faisaient une GPA pour de l’argent. Elles en avaient besoin. Désormais, nous vérifions plus en détail les revenus. Pas parce que nous ne voulons pas travailler avec des personnes ayant de faibles ressources mais parce que nous voulons être sûrs que la femme aura assez d’argent pour payer l’essence pour se rendre à ses rendez-vous médicaux, manger une nourriture saine et non des MacDonalds. Par rapport à ces points-là, il y a des avantages évidents à travailler avec des femmes de classe moyenne. Nous examinons non seulement les revenus de la femme mais aussi ceux de son mari. Le plancher des revenus annuels est autour de 40 000 dollars par an.

Pourquoi pensez-vous que les gestatrices ne devraient pas être motivées par l’argent?

C’est une bonne question… (silence). Je ne sais pas. Je crois que dans ce genre de situation je ne serai pas rassurée quant à la manière dont les parents intentionnels vivraient la grossesse. Et je me demanderai si la gestatrice le fait de son plein gré, si elle n’est pas influencée par son mari. De plus, cela veut dire qu’elle n’aura probablement pas les moyens de se nourrir de manière saine. Se rendra-t-elle aux rendez-vous médicaux? J’ai eu une mauvaise expérience avec une femme dont je pense qu’elle a volontairement exagéré ses dépenses pour profiter des parents. Quand quelqu’un porte votre enfant et vous dit qu’elle a une fuite dans le toit chez elle par exemple, que voulez-vous faire? Vous ne voudrez pas que votre bébé grandisse dans ce genre de conditions, donc vous allez payer pour les travaux. Cela peut être une situation désagréable, y compris pour la santé de l’enfant.

Cette mauvaise expérience était liée au fait que les parents intentionnels étaient en contact avec la gestatrice. Sans contact direct, la question ne se serait pas posée.

Oui, c’est vrai.

Comment recrutez-vous les gestatrices?

Nous faisons de la publicité sur le web, dans des magazines, à la radio et à la télévision. Ce qui marche le mieux, c’est internet, que ce soit à travers les sites web en direction des gestatrices ou des blogs.

Quel est le pourcentage de candidates acceptées? Et quelles sont les raisons principales de refus?

Nous acceptons environ 45-50% des candidates. Elles remplissent d’abord un formulaire en ligne qui porte sur leurs grossesses précédentes, leur poids, leur taille, les traitements médicaux. Nous refusons les femmes dont l’indice de poids est trop élevée. Il faut que ce soit 30 ou moins. Nous refusons également celles qui sont sous antidépresseurs ou sous anxiolytiques. Nous évitons aussi de travailler avec des gestatrices de certains Etats où la législation sur la GPA est plus complexe. Par exemple en Louisiane, la gestatrice sera inscrite sur l’acte de naissance de l’enfant et les parents devront ensuite passer par une procédure d’adoption, ce qui complique les choses.
Celles que nous retenons à ce premier stade de sélection remplissent ensuite un dossier d’une dizaine de pages, très détaillé. Il comporte des questions sur leur histoire médicale et sur leurs motivations. Nous les interrogeons aussi sur leurs convictions concernant l’avortement thérapeutique et la réduction d’embryons. C’est une question importante parce qu’ici, au Texas, nous avons beaucoup de femmes qui sont pro-vie et qui n’accepteront donc pas de mettre un terme à la grossesse, pour quelque raison que ce soit. Nous les mettrons en contact avec des parents intentionnels qui ont les mêmes convictions. Le processus prend souvent un peu plus de temps parce que la plupart des parents veulent en général avoir la possibilité d’interrompre la grossesse ou de faire une réduction embryonnaire. Et le corps de la gestatrice reste bien évidemment son corps, les parents ne peuvent pas imposer ce genre de choses.
Les raisons principales de refus à ce second stade de sélection sont des raisons médicales, par exemple plusieurs césariennes, ou un diabète gestationnelle. Cela peut aussi être des raisons liées à leur situation personnelle, quand elles sont par exemple en cours de séparation. Nous voulons être sûrs qu’elles sont dans une relation stable et que leur mari les soutient. Nous ne voulons pas que la GPA cause des soucis au sein de leur propre famille.

Est-ce que vous choisissez aussi les parents intentionnels?

Non, je n’ai pas de souvenir d’avoir jamais refusé un couple. La plupart nous est adressé par les cliniques de fertilité, donc ils correspondent aux critères des cliniques, le principal étant le critère d’âge: les cliniques ne travaillent pas avec des patients de plus de 55 ans. Nous travaillons avec des couples mariés et non mariés, des couples gays, des célibataires. Tout comme les gestatrices, les parents intentionnels sont reçus par un psychologue pour s’assurer qu’ils sont prêts pour cette aventure. Mais franchement, je ne pense pas qu’en tant qu’agence, nous puissions refuser un couple, à moins que la personne ait eu de graves problèmes avec la justice par le passé, un délinquant sexuel par exemple.

A combien s’élève le coût d’une GPA pour les parents?

En général le coût total se situe entre 80 000 et 100 000 dollars pour tout le processus.

Quel est le montant de la rétribution de la gestatrice dans cette somme? Quels sont les frais pris en charge par les parents intentionnels?

Au Texas, la gestatrice sera rémunérée entre 20 000 et 25 000 dollars, pour une première grossesse pour autrui. Une gestatrice expérimentée recevra entre 25 000 et 30 000 dollars. C’est la base. En plus de cette somme, les parents prennent en charge tous les frais médicaux et versent un forfait pour des vêtements de grossesse. S’il s’agit de jumeaux, la gestatrice recevra 2000-5000 dollars en plus, de même si elle doit subir une césarienne ou un examen intrusif tel qu’une amniosyntèse. Si jamais elle devait subir une hystérectomie suite à l’accouchement – Dieu nous en garde! – elle recevra une compensation pour la perte d’un organe. Les parents prennent en charge également les frais de transport et de garde d’enfants de la gestratrice pendant les rendez-vous médicaux, ainsi que les pertes de salaire éventuelles, et souscrivent une assurance-vie au profit de la gestatrice.

Si la gestatrice est expérimentée, elle est mieux rémunérée. Pourquoi?

Les parents savent qu’elle a déjà mené une première grossesse pour autrui, et cela les rassure. Elle sait dans quoi elle s’engage, elle connaît le traitement médical, elle sait se faire les piqûres toute seule. Et puis – même si cela peut sembler un peu bête – elle a déjà laissé un bébé à des parents intentionnels, et cela rassure les parents. Elle ne prendra pas la fuite avec l’enfant.

Donc on paie plus pour un «supplément confiance»?

Exactement! C’est tout à fait ça. Nous avons une gestatrice qui en est à sa quatrième grossesse.

Il y a un nombre limite de grossesses pour autrui par femme?

Non, pas vraiment, ce sont les cliniques qui décident au cas par cas. La plupart fixe la limite à cinq grossesses. De toute évidence, chaque grossesse sera un peu plus difficile que la précédente.

Est-ce que les gestatrices sont demandeuses d’une relation proche avec les parents intentionnels?

Chaque grossesse pour autrui est différente. Certaines gestatrices ne voudront pas d’une relation proche, d’autres si. Pareil pour les parents intentionnels. Nous essayerons surtout de faire en sorte que les deux envies correspondent. La plupart de nos gestatrices sont en contact avec les parents intentionnels pendant la grossesse et gardent un lien après la naissance.

C’est plutôt cette dernière alternative que vous encouragez?

Je pense que la plupart des gestatrices préfèrent avoir un contact avec les couples parce que cela les aide aussi à réaliser que ce n’est pas leur propre enfant qu’elles portent. Quant à la mère intentionnelle, qui ne peut pas elle-même mener la grossesse, c’est souvent difficile de faire confiance à une inconnue. Une relation proche avec la gestatrice facilite l’attachement de la mère d’intention à l’enfant. Quand je menais ma propre grossesse pour autrui, je voulais que la mère puisse se sentir partie prenante le plus possible. Nous étions en contact par e-mail au quotidien et je l’appelais après chaque rendez-vous médical. Nous sommes restées en contact après, c’est devenu une partie de ma famille, c’est une relation fantastique. Nous sommes allés trois fois en France voir les jumelles. Mais chaque histoire est différente, il faut que les envies se rencontrent.

Y a-t-il des situations où les parents intentionnels sont trop présents? Comment gérez-vous ce genre de situations?

Cela arrive, surtout quand les parents ont de fortes personnalités. Nous agissons alors en médiateur. Il faut en parler, expliquer aux parents que la gestatrice a sa propre vie, eux la leur. Les rassurer aussi, sur le fait que nous sommes en contact avec la gestratrice, qu’elle prend soin d’elle-même et de la grossesse. Il faut aussi discuter avec le gestatrice, lui faire comprendre que les parents ont besoin d’être présents dans cette grossesse. Ils font confiance, ils ont besoin d’avoir un certain sentiment de contrôle.

Pour votre propre grossesse pour autrui, comment l’avez-vous expliquez aux enfants, que ce soit les vôtres et ceux que vous avez portés?

Lors de cette grossesse, mes propres enfants avaient cinq et trois ans. Nous avons expliqué que pour faire un bébé, il faut une cellule du papa et une cellule de la maman. Et que c’était moi qui allait porter ce bébé parce que le ventre de la maman était cassé. Que ce serait une idée merveilleuse que de pouvoir les aider. Les enfants étaient ravis! Nous avons aussi expliqué que ces bébés ne viendront pas à la maison mais iront chez leurs parents, que ce ne sont pas les frères ou les soeurs de nos enfants.
Pour les jumelles que j’ai portées, je suis «tante Gayle». Elles savent qu’elles ont grandi dans mon ventre et en parlent librement. Mais ce sont évidemment leurs propres parents qui ont décidé de la façon de me nommer et de raconter ou pas l’histoire. C’est leur relation avec leurs enfants, il faut qu’ils soient libres de la gérer comme ils l’entendent.
Les quatre enfants se connaissent, nous avons passé des vacances ensemble.

Comment s’est passé la séparation avec les bébés?

Quand la famille est repartie en France, il y a eu une sensation de vide. J’avais travaillé pendant un an avec ce couple formidable, prenant soin de leurs bébés, cela avait rempli ma vie, et là c’était fini. Il y avait un sentiment de perte, sans que ce soit du baby blues. C’était plutôt un besoin de retrouver de quoi remplir ma vie et me motiver de nouveau. Jusque là, j’avais pensé que refaire une gestation pour autrui, c’était de la folie, mais là, je pouvais le comprendre: c’est une telle expérience que la sensation de vide est forte après, et on a envie de le refaire! Pouvoir aider ces familles est quelque chose de tellement gratifiant.
Plusieurs gestatrices m’ont parlé de cette même sensation, liée aussi à la relation forte qui s’est nouée avec les parents intentionnels pendant la grossesse. Après la naissance, ces derniers sont occupés avec le bébé, le contact devient moins régulier… il y a un sentiment de perte. C’est certainement en partie hormonal aussi. En général, au bout de deux mois, quand la gestatrice retrouve sa silhouette d’avant et reprend sa vie à elle, ça va mieux. C’est une période de transition.

Quel soutien proposez-vous aux gestatrices pendant et après la grossesse?

Nous restons en contact pendant toute la grossesse pour suivre les rendez-vous médicaux et savoir comment ça se passe. Nous travaillons aussi avec plusieurs psychologues que les gestatrices peuvent consulter si elles le souhaitent. Nous avons aussi des rencontres entre gestatrices et un groupe sur Facebook. Depuis quelques années, il y a de plus en plus de groupes de gestatrices sur Facebook, elles y trouvent un réel soutien et une possibilité d’échanger.
Après la naissance, nous restons en contact au moins pendant trois mois, le temps de régler tous les frais médicaux, de savoir que tout va bien pour la gestatrice. Plusieurs d’entre elles gardent le contact avec nous bien plus longtemps, parfois pendant des années. Parfois, cela débouche sur une autre grossesse pour autrui.

Vous avez évoqué les gestatrices provie. En France, c’est impensable d’être provie et en faveur de la GPA.

C’est vrai? Pour moi, cette position est très, très surprenante de la part de quelqu’un qui est provie. Quand on est provie, on est pour la vie, pour donner la vie. Alors comment peut-on être contre la GPA? Pour moi, la vie est un cadeau.
Pour moi, mener une gestation pour autrui est fondé aussi sur une conviction religieuse. La Bible nous enseigne à aider les autres. Si quelqu’un n’a pas de quoi se nourrir, nous devons le nourrir. S’il n’a pas de quoi se vêtir, nous devons le vêtir. La Bible est très claire sur l’importance de l’entraide et de la générosité. Alors, si une femme ne peut pas porter d’enfant et que je peux le faire pour elle, c’est pour moi mon devoir de chrétienne de le faire. Nous travaillons avec des femmes qui sont nées sans utérus. Est-ce juste qu’elles ne puissent pas accéder à la maternité, simplement parce qu’elles sont nées comme ça, alors que d’autres femmes peuvent les aider?
Avant de commencer le processus, j’ai aussi discuté avec le pasteur de ma paroisse. Il m’a dit: «Marie était une mère porteuse. Elle a porté Jésus, mais Jésus était le fils de Dieu. Ce que tu veux offrir à cette famille est extraordinaire. Tu mets ta vie en jeu. C’est un sacrifice que tu fais.»

Est-ce un point de vue partagé aux Etats-Unis?

En général, les gens soutiennent cette démarche, qu’ils perçoivent comme généreuse. Les réactions négatives sont souvent basées sur la méconnaissance. On m’a par exemple demandé si j’avais dû avoir des relations sexuelles avec le père intentionnel. Ou comment je pouvais abandonner mon enfant – alors que ce n’est génétiquement pas mon enfant.
La seule opposition vraiment claire que j’ai rencontrée était de la part de mon gynécologue qui est catholique. Quand je suis allée le voir après la naissance de notre fille, pour lui parler de mon projet d’être gestatrice, il m’a répondu: «Ce que vous voulez faire, ce n’est pas bien. Si ma femme faisait ça, je la quitterais.» Je suis simplement allée voir un autre médecin.

Propos recueillis par Mathieu Nocent et Taina Tervonen

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